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Éducation, Enfance, Santé, Agriculture, Droits de l'Homme, Culture

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Actes du Forum des Acteurs de développement

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Actes du Forum des Acteurs de développement

«L’auto-développement en Haïti : rêve ou réalité ?»

Bruxelles, 3 novembre 2017

Affiche Forum 600

 

Introduction

Dans le cadre de la célébration du 20ème anniversaire de la coopération bilatérale entre Wallonie-Bruxelles et Haïti, la Plateforme Haïti.be a organisé avec l’appui de WBI, un forum des acteurs de développement sur la thématique «L’auto-développement en Haïti : rêve ou réalité ?», avec le concours d’experts haïtiens, belges et européens.

L’objectif du forum réside dans la motivation du public cible - et tout particulièrement les acteurs belges de coopération - à intégrer dans ses relations et sa coopération avec Haïti, un nouveau regard sur les potentialités de la société haïtienne actuelle, dans la perspective de son évolution vers une société collaborative et solidaire, notamment par la valorisation de l’important travail de terrain opéré en ce sens par les organisations de la société civile (OSC) haïtiennes.

Le forum a rassemblé un public nombreux, composé de représentants d’associations actives en et autour d’Haïti, et de personnes intéressées par les questions liées au développement de ce pays.

Il s’est décliné selon quatre axes. Chacun a fait l’objet d’un exposé clair et précis par un conférencier haïtien issu de la société civile (lien vers la présentation des experts), invité à cette occasion par la Plateforme Haïti.be. Les exposés portaient à la fois sur un état des lieux sectoriel et sur les leviers de développement qui se déploient au sein de la société civile :

 

Exposés des conférenciers haïtiens

Ces exposés ont suscité de nombreux échanges dans le cadre d’ateliers thématiques encadrés par les conférenciers eux-mêmes. Chaque atelier a identifié les aspects importants de la situation actuelle, les difficultés qui en résultent et quelques pistes de travail pour les différents acteurs de développement.

 

Atelier « environnement »

Thématique : « L’approche environnementale et territoriale pour une meilleure cohérence des actions de développement en Haïti »

Expert haïtien : David Tilus, Directeur général de l’organisation GAFE – Groupe d’action francophone pour l’Environnement

L’atelier a d’abord ciblé les différents points d’attention des participants. Avant de répondre aux questions sur l’analyse de la situation actuelle et des différentes solutions envisageables.

Les constats

Bien que le Ministère de l'Environnement Haïtien (MDE) ait été créé en novembre 1994 par le Gouvernement haïtien en vue de promouvoir le développement durable et favoriser en même temps la conservation de l'environnement, ce ministère dispose de peu de moyens. Le positionnement et la politique environnementale restent faibles et le budget dérisoire. Notons qu’une feuille de route a été mise en place sous le Gouvernement Moïse (lien vers la feuille de route). On observe une carence d’ambition et de stratégie nationale. Plusieurs actions (avec budgets conséquents) ont été (et sont) menées mais soutenues par des projets d’organisations internationales sans que cela ne suive une réelle politique haïtienne.

Notons également qu’un cadre (quelques lois existent - exemple de l’interdiction de l’utilisation du polystyrène) mais peu de mise en œuvre des lois ; de plus, la corruption empêche le respect des règles environnementales établies.

Comme dans d’autres secteurs, la fuite des forces vives (du milieu rural vers les grandes villes et depuis Haïti vers l’étranger) mine les efforts de changement de mentalité et de perception de l’environnement. L’esprit d’« entrepreneur vert” est à développer comme un réel esprit d’entrepreneuriat. L’émigration d’Haïtiens réduit le potentiel de développent environnemental.

La sensibilisation à l’environnement n’est pas assez intensive (bien que des initiatives existent)

D’une part, Haïti subit les conséquences du changement climatique (ouragan, inondation, ...) et d’autre part, le peu d’infrastructures de gestion environnementale (gestion des déchets, maîtrise des sols,...) sont insuffisantes. La situation environnementale est considérée comme catastrophique.

La répartition des responsabilités environnementales est déficiente. Certaines administrations ou politiques peuvent même apparaitre contradictoires ou en conflit.

Les organisations haïtiennes dans le domaine de l’environnement ne travaillent que peu en réseau. Les plaidoyers sont timides et n’ont qu’une portée réduite. Dans certains secteurs de l’environnement, les plaidoyers sont mêmes inexistants (choix environnementaux des produits d’importation, ...) Nous ne notons pas d’analyse critique environnementale de la société civile sur les politiques nationales haïtiennes.

Bon nombre de stratégies d’organisations internationales, locales, administrations, associations ne sont pas réfléchies en termes de développement durable. Nous pouvons trouver toute une série d’actions ayant des impacts négatifs majeurs (par exemple, des actions de financement “cash for work” pour dégager les arbres renversés par les ouragans menant la population à couper des arbres sains pour recevoir de l’argent, ...)

IL n’y a pas de financement d’activités économiques environnementales.

La compréhension des divers aspects de l’environnement par la population est faible. Il y a donc une carence d’information et de formation dans le secteur.

Les membres de l’atelier ont alors débattu des pistes de solutions.

Les pistes de solution

Le travail de plaidoyer doit être initié, structuré ; collectif et cibler plusieurs thématiques et publics (politique, ONG, différents niveaux de pouvoirs, administration locale, société civile,...).

Afin de renforcer les stratégies nationales et appuyer tout projet initié en Haïti, il est indispensable qu’un Observatoire haïtien de l’environnement soit mis en place afin de mettre en place un monitoring de l’état des lieux de l’environnement en Haïti.

La mise en place d’une société civile haïtienne forte et capable de dialoguer avec les différents acteurs est indispensable pour annoncer et définir des exigences environnementales devant les autorités haïtiennes. La défense de valeurs environnementales par la société civile donnera pour chaque projet de loi et arrêté d’exécution, de nouvelles opportunités et contraintes. La société civile doit devenir un catalyseur dans le domaine de l’environnement.

La création d’un réseau d’acteurs de l’environnement en Haïti permettra de renforcer les différents plaidoyers, d’augmenter la portée des projets, ... Ce réseau fort n’existe pas. Il est aussi important que la population haïtienne y soit représentée.

Tous les acteurs de développement ainsi que les bailleurs doivent considérer l’environnement comme thème transversal et envisager, pour toute action, l’impact et les conséquences environnementales. L’ensemble des ODD (Objectifs du Développement durable) doivent servir de critères d’analyse pour les actions et stratégies.

Dans ce sens une Charte ou tout autre engagement des différents acteurs et bailleurs apparait comme une première étape.

La formation aux enjeux environnementaux (ainsi que les lois, décrets, ...) des différents niveaux de pouvoir doit être réalisée. Les formations doivent aussi être mises en place au niveau scolaire.

Il existe quelques initiatives environnementales mais il faut, d’une part, les faire connaitre et, d’autre part, en développer d’autres. L’entrepreneuriat environnemental doit être développé et soutenu.

 


Résumé « environnement »

Situation actuelle et difficultés

Pistes, nouvelles stratégies

Etat Haïtien peu impliqué– pas de réel ministère de l’environnement (absence de stratégie nationale)

Plaidoyer (en Haïti et ailleurs) auprès des différents niveaux de pouvoir  - Mise en place d’un observatoire (état des lieux) pour appuyer les plaidoyers et les stratégies politiques

Corruption – empêche l’évolution des mentalités

Fuite des cerveaux, pas de conscientisation à l’environnement

Développer le contre-pouvoir haïtien

La société haïtienne doit définir des exigences environnementales et les revendiquer.

Situation environnementale catastrophique

Impliquer tous les partenaires, bailleurs acteurs,…  avec le thème transversal de l’environnement. L’Environnement doit primer dans les projets -  (ODD)

Chacun garde son pouvoir

Pas de volonté de décentralisation

Placer la société civile forte – Renforcer les liaisons avec les différents niveaux de l’Etat

Plaidoyer faible voire inexistant ; la méfiance, les acteurs dans leur coin. Peu de société civile – pour réclamer auprès des autorités.

Plaidoyer – mise en réseau – Mise en place d’exigences

Budget – mais pas réfléchi à long terme.

Imposer une Charte au niveau des bailleurs et acteurs de développement. Développer une sensibilité des partenaires locaux.

Lois existent mais pas d’application -

Former les différents niveaux de pouvoir, juges, police. Pression sur les élus locaux, casec, ... ; information auprès des niveaux de pouvoir.

Stratégie à court terme telle que « Payer pour nettoyer » induisant une déresponsabilisation et des business non durables

Créer des entreprises participatives – gestion des déchets… - Des initiatives existent – à promouvoir

Valoriser le développement citoyen.  Cibler le citoyen acteur de changement

Ancrage Culturel - Mais parfois refus de bouger - Manque de connaissance.  La société en général ne se pose pas la question de l’environnement.

Conscientiser – Formation au tri -  expériences intéressantes existantes – Fixer les exigences.

Intégration de l’environnement au Cursus Scolaire – mais les outils ne sont pas encore mis en place par le ministère.

Changements climatiques

Interpeller les bailleurs. Pour les stratégies – Plateforme  Pousser l’évaluation de l’impact et non celle des compta.

Projets avortés ou aux impacts faibles

Mise en place de catalyseur par la Société civile – facilitateur – mise en synergie.

 


Atelier « éducation / formation »

Thématiques :

  • « Quel ancrage pour l’éducation et la formation face aux défis sociétaux actuels en Haïti ? »
  • « Les nouvelles technologies trouvent-elles leur place dans le contexte éducatif haïtien ? »

Experte haïtienne : Josette Bruffaerts-Thomas, Présidente de l’ONG Haïti Futur

Les constats

Différents écueils ont été mis en évidence :

  • Prédominance du « parcœurisme » en opposition à l’analyse personnelle, cette dernière requérant une « émancipation » difficile pour les enseignants par rapport à l’approche traditionnelle, les obligeant à sortir de leur zone de confort, et supposant un investissement plus grand de leur part.
  • Difficulté de la langue: le créole parlé à la maison et le français à l’école. Le créole reste un « tabou ». En outre, la pratique de l’anglais s’installe progressivement. Un point positif : l’enseignement scolaire commence en créole et passe progressivement au français, une adaptation progressive qui facilite la progression de l’élève et respecte son identité.
  • Inadaptation de la plupart des contenus: manque d’actualisation des contenus afin de les adapter aux réalités haïtiennes.
  • Orientation de l’enseignement : préparation pour la réussite des examens ou préparation à la vie ?
  • Les méthodes d’éducation populaire (très ancrées dans la réalité) existent mais n’ont jamais vraiment inspiré l’enseignement en Haïti. L’éducation populaire (mouvements sociaux) reste cloisonnée par rapport à l’éducation formelle traditionnelle.
  • L’école entretient un clivage profond (élite versus monde provincial et paysan) dans la société. La connaissance du français est indispensable pour accéder à des postes importants.
  • « Commercialisation » des universités privées. Dévalorisation du diplôme privé par rapport au public.
  • Manque de coordination entre les acteurs de l’éducation et les autres en lien avec l’éducation. Manque de connaissance du terrain, et imposition des acteurs extérieurs au pays. Concurrence transposée dans la coopération au développement. Gaspillage de l’argent des bailleurs publics et privés.
  • Nécessité de subvenir aux besoins de base, qui passent de temps en temps avant la formation.
  • Un projet politique de contrôle existait sous Duvalier. Maintenant l’Etat ne contrôle plus rien et se déresponsabilise.
  • Faible taux de scolarisation.
  • Le « permis d’enseigner », conditionné par une formation continuée de 600 heures, n‘a pas été vraiment instauré. De nouveaux enseignants n‘ont pas été vraiment mis en place dans les écoles.
  • Fatalisme : on remet tout « dans les mains de Dieu ».
  • Problème de l’absentéisme des professeurs. Certains perçoivent une rémunération mais n’accomplissent pas leur devoir d’enseignant, tandis que d’autres qui ne sont pas payés donnent cours. Certains nommés paient quelqu’un d’autre pour enseigner à leur place !!!
  • On dénombre de nombreuses structures « éléphant blanc », c’est-à-dire de gros bâtiments construits pour héberger des écoles mais où le nécessaire n’a pas été fait pour assurer le bon fonctionnement de celles-ci.
  • Le budget éducation est passé de 9% en 2002 à 20% actuellement.

Les pistes de solution

Pour dépasser la concurrence entre institutions, promouvoir la collaboration entre elles. A titre d’exemple, Haïti Futur encourage la collaboration au-delà des clivages, de nouveaux projets sont portés par des associations. Collaboration effective, concrète. Une stratégie de communication est requise pour promouvoir ces initiatives.

Comment inverser le rôle de l’Etat « qui disperse tout » ? Par des mouvements citoyens. On est dans une impasse au niveau du gouvernement. La société civile doit se mobiliser. Des synergies sont à mettre en place. Il faudrait pouvoir toucher tous les secteurs en même temps.

La coopération décentralisée de commune à commune peut être un moyen pour soutenir des associations locales, sans se substituer à elles. La collaboration d’Etat à Etat reste importante. Quid si « l’Etat est malade… » ?

L’école est la base car elle touche les parents, les enfants, les familles, donc de nombreuses personnes. Il importe de partir de la base, de l’école comme lieu pour rassembler les citoyens.

Pistes pour contrer le « parcœurisme » : recours au tableau interactif et formation des enseignants.

Il importe de travailler à l’autonomisation des écoles dépendant de l’aide extérieure, par exemple en optant pour la création de jardins communautaires, de mini-entreprises sociales, afin de diminuer progressivement leur dépendance.

Il apparaît nécessaire de mettre en place une « Fédération des écoles privées », des syndicats d’enseignants.

Il conviendrait de favoriser le développement de la pratique créative : arts, chants comme outils d’apprentissage. Et de recourir aux médias !

Une orientation professionnelle des étudiants est indispensable, tout comme la formation aux métiers et la pratique de ceux-ci.

La lutte contre l’exode rural et la fuite des cerveaux est une urgence en Haïti !


Résumé « éducation / formation »

Situation actuelle

Difficultés

Pistes, nouvelles stratégies

Gouvernance centralisée, peu responsable

Instabilité politique

Gaspillage des moyens financiers

Enseignants peu/mal formés

Dévalorisation de la fonction d’enseignant

Mouvements citoyens au niveau des

sections communales à partir de l’école

Organisation du contrôle de l’Etat

Développement de fédérations, de

syndicats, …

Multitude d’écoles privées > écoles publiques

Multitude d’intervenants étrangers peu ou pas encadrés par le MENFP

Coût de formation inaccessible pour beaucoup

Dévalorisation des diplômes

Concurrence

Risque d’inadaptation à la réalité haïtienne

Autonomisation financière des écoles

privées : entreprises d’économie sociale …

Collaboration, synergie, visibilité, forum, Plate-Forme, ...

Coordination des acteurs

Clivage social =) faible taux de scolarisation

Ville >< campagnes

Riches >< pauvres

Français >< créole (+ anglais)

Inégalité des chances

Pour beaucoup, besoins de base non rencontrés

« Asseoir » le créole avant d’aborder le

français : progression qui respecte

l’identité

Soutien et développement des initiatives citoyennes en région rurale, des projets de formation à caractère social

Satisfaire les besoins de base : nourriture,  vêtements, …

- « Parcoeurisme »

- Programmes peu adaptés : centrés sur les contenus – manque de pistes didactiques

Difficultés de compréhension, d’analyse, d’application

Inadaptation des contenus et des pratiques pédagogiques

Formation continue des enseignants.

Méthodes d’éducation populaire

Support numérique intégrant des pistes

didactiques, utilisation des médias

Développement de la pratique créative

Développement de la formation

professionnelle de base, de l’orientation

 professionnelle

 

Atelier « identité/citoyenneté »

 

Thématique : « Quel rôle pour les médias dans l’établissement de la démocratie et le développement des communautés locales en Haïti ? »

Expert haïtien : Ary Régis, Directeur général de l’organisation SAKS

SAKS (Société d’animation et de communication sociale) est un réseau de radios communautaires locales. Ary Régis en est le Directeur général.

SAKS a pour objectifs :

  • promouvoir le droit à la communication. Ce réseau donne la possibilité aux habitants des communautés locales de prendre la parole dans les médias/radios. Ce qui n’était pas évident car au départ, la langue utilisée était le français que la plupart des gens ne maîtrisaient pas, et ils n’avaient donc pas accès à ces médias ;
  • promouvoir les organisations de base, surtout celles destinées aux femmes, avec des projets de développement en agriculture, droits humains ;
  • renforcer les organisations et le mouvement social (démocratie) ;
  • promouvoir la défense des droits culturels, notamment la culture populaire via le folklore et la créativité (médecine traditionnelle, cuisine, création « dans la nature », …)

Rôle de SAKS : identification des besoins des populations, recherche de financement, aide au montage de radios communautaires, accompagnement des radios toute l’année (SAKS n’a pas sa radio propre). Cela requiert de disposer de moyens propres de communication comme outil de sensibilisation, afin de promouvoir l’éducation, la formation à l’agriculture et à la santé, les droits humains. En 2018 est prévue une évaluation.

Les radios communautaires

SAKS travaille avec 43 radios communautaires locales qui sont de types différents (parfois constituées d’une seule personne).

Les caractéristiques des radios communautaires sont :

1/ la propriété collective,

2/la mise en place d’un fonctionnement démocratique,

3/ le contenu de la programmation qui doit correspondre aux besoins de la communauté.

En outre, SAKS :

=> collabore avec des radios locales partenaires pour la diffusion des programmes,

=> prévoit un accompagnement constant des radios partenaires,

=> désire que toutes les radios deviennent communautaires,

=> porte son attention au choix des membres, surtout des agriculteurs qui sont à la base marginalisés au niveau social, économique. Ceux-ci sont ainsi valorisés et ont la possibilité de s’exprimer.

Ce qui induit que :

=> la durabilité des radios est assurée,

=> il existe plus de partage et de débats pour participer à la vie locale, citoyenne et du pays.

 

Les défis principaux

1/ Les radios fonctionnent de manière bénévole pour leur communauté. Etant donné la situation économique difficile, il y a une pénurie de ressources humaines : pas assez de jeunes qui ont du temps à offrir, exode des membres pour aller travailler en ville, jeunes à former de façon continue.

En ce qui concerne la durée des émissions quotidiennes, les radios émettent entre 4h et 12h par jour (s’il s’agit de seulement 4 h : en général, la radio opère l’après –midi).

Les équipements sont obsolètes, les nouvelles technologies sont coûteuses et nécessitent des personnes qualifiées.

Exemple : recours au système d’énergie solaire mais dont la maintenance n’est pas prévue et qui n’est pas sécurisé.

2/ Statuts des radios

Un décret de 1987 indique qu’il existe 3 catégories de radio : commerciale, d’Etat et professionnelle. Les radios communautaires ne sont donc pas inscrites dans le décret. Elles sont légitimes et reconnues mais n’ont pas accès à des licences ou à des financements publics. Sorte d’acceptation tacite qui les rend vulnérables.

Les enjeux

1/ Comment intégrer les jeunes dans un esprit de communauté ? Comment les retenir ? Des moyens sont nécessaires pour y arriver.

2/ La radio communautaire joue un rôle important lors des élections : tous peuvent s’exprimer.

3/ Un code de déontologie a été mis en place avec l’aide de l’UNESCO. Il n’est pas permis de diffuser des messages politiques à la radio et si un membre est impliqué dans la politique, il doit se retirer.

4/ En 2008, les statistiques officielles indiquent 1 million 700.000 auditeurs (pour rappel : 11 millions d’habitants en Haïti)

 

Les pistes de solution

1/ La radio communautaire suscite des vocations chez les agriculteurs car les émissions sont faites à leur intention. Les radios sont aussi la propriété des communautés agricoles de base.

2/ Pour ce qui concerne l’emploi, les radios communautaires fonctionnent sur base bénévole mais ce n’est pas suffisant pour exister. De plus, les bénévoles doivent s‘engager, posséder des compétences, gérer les questions diverses : complexe à réunir ! Comment développer le sens des responsabilités chez les jeunes, le souci de s’investir ? Des dynamiques existent actuellement mais ne sont pas suffisantes.

3/.Les radios offrent des services à l’Etat en diffusant des messages moyennant une petite contribution. Donc des échanges existent mais l’Etat n’accorde pas de subvention car il n’existe pas de reconnaissance formelle de ce type de radio.

4/. Un projet de loi a été déposé auprès de la chambre du Sénat. Il y est prévu d’introduire cette catégorie de radio.

5/.Une 2eme loi prévoira un financement public car il s’agit d’un service public.

6/.Des initiatives d’économie sociale et solidaire se développent. Deux expériences de coopérative agricole se développent dans deux communautés.

7/.La radio est un levier pour l’organisation de la société civile, la mobilisation des citoyens car chaque famille dispose d’une radio, ou d’un téléphone qui lui permet d’écouter la radio.

Elle touche aussi les personnes âgées et handicapées, même si celles –ci ne bénéficient que de retombées indirectes pour le moment (pas encore d’émissions qui leur sont destinées).

8/.Un des soucis reste l’accès à l’électricité. La source alternative est l’énergie solaire. Exemple : pour mettre à profit l’énergie solaire, on installe des AGR : possibilité de recharger son téléphone moyennant un petit défraiement.

 

Conclusion d’Ary Régis

La diaspora envoie en Haïti 2 à 3 milliards/an, ce qui représente beaucoup plus d’argent que celui octroyé par la coopération internationale ; ces milliards servent uniquement à la consommation individuelle et familiale. Comment faire en sorte que l’argent de la diaspora serve à renforcer le pays ? Un exemple d’implication de la diaspora : soutien à un projet éducatif se déployant du préscolaire jusqu’à l’université, en impliquant la communauté concernée.

Les Haïtiens doivent se sentir concernés : « se mettre ensemble à l’extérieur pour faire évoluer la situation à l’intérieur », accompagnés par les efforts de la coopération internationale. Les projets devraient être plus innovants car, jusqu’à ce jour, les actions sont trop restreintes. Il est nécessaire de partager les appuis financiers, l’esprit entrepreneurial, les compétences locales.

Pour cela, un travail de conscientisation est à faire ; il faut mettre en place une approche d’écoute collective et trouver des perspectives à partir de l’écoute ; il faut construire l’entrepreneuriat, la solidarité.

 

Résumé « Identité / citoyenneté »

Forces

Faiblesses

Pistes de solution

Droit, légalité, le cadre existe

Si absence de droit – carence de défense des libertés

Développer les différentes missions de la Justice  - Renforcer les réseaux de défense des citoyens.

L’identité forte mais citoyenneté faible

Désinvestissement, résignation

Accessibilité des savoirs pour le plus grand nombre Utiliser les potentiels locaux

 

Citoyenneté liée à un contrat, attentisme de la population

Valoriser les traditions orales, la culture (motivation intrinsèque)

Espoir, se sentir concerné

Migration des Haïtiens vers le continent américain peu productive – les transferts de la diaspora ne servent pas à la société haïtienne mais à l’individu

Développer des actions locales, dialogue citoyen avec la diaspora, citoyenneté mondiale

 

Relations internationales non équilibrées, dépendance politique

Interpellations, relais et actions citoyennes politiques

 

Importation en concurrence directe avec la production locale (ex.  : riz ou poulet)

Développer l’économie solidaire

 

Méfiance envers l'Etat, envers celui qui réussit

Inspirer le sens du collectif, transparence

 

État souvent absent,  corruption

Développent du leadership local ; soutien des projets citoyens, apprendre la politique et à s'organiser

 

Minorité informée sur les initiatives et droits

Sensibilisation radio, Web, réseaux sociaux

 

Danger du populisme

Education, connaissance, se sentir capable, formation

 

Atelier « souveraineté alimentaire »

Thématique : « Face aux défis de la souveraineté alimentaire : de la fatalité à la résistance, le monde paysan haïtien développe ses stratégies »

Experte haïtienne : Olga Marcelin, Directrice générale de l’organisation AFLIDEPA – Association des Femmes de Limonade pour le Développement de la Production agricole et de l’Artisanat

 

La Souveraineté alimentaire (SA) est-elle un ancrage pour le changement en Haïti ?

Les constats

Haïti a été autosuffisant de l'indépendance à 1920. Le basculement se fait alors, quand l'Etat supprime les taxes à l'importation : la concurrence extérieure avec des importations alimentaires massives à moindre prix, est néfaste aux paysans haïtiens et l'Etat se retrouve privé de ressources pour soutenir l'agriculture locale. Cela se passe dans le contexte des politiques d'ajustement structurel et les pays occidentaux ont donc une part de responsabilité dans l'évolution de la paysannerie en Haïti. Le sous-développement agricole actuel n'est donc pas un état depuis toujours, mais un recul de la situation en Haïti.

Aujourd'hui, il n'y a pas de réelle politique agricole et celle qui pourrait se mettre en place est orientée vers un soutien à l'agro-industrie, et pas du tout vers un modèle alternatif ni un soutien financier aux agriculteurs.

Malgré cela, la petite agriculture est résiliente et les paysans représentent 60% de l'emploi en Haïti. Il faudrait encourager les petits exploitants. Haïti reste donc, malgré tout, un pays d'agriculteurs. Et c'est au départ un pays fertile, avec par exemple, deux récoltes par an dans l'Artibonite.

Actuellement, il n'y pas ou peu de formation agricole à long terme pour les jeunes. Beaucoup de compétences de base se sont perdues au cours du temps. Les formations sont donc importantes de même que la mise en place de techniques innovantes. La société civile a là aussi son rôle à jouer.

Le Département de l'Agriculture est complice de ce qui se passe quant à l'abandon de la paysannerie.

On constate en fait une convergence d'intérêt entre ceux qui dominent l'Etat haïtien et ceux qui définissent les politiques internationales (en particulier les multinationales) : cela converge vers un mépris de la paysannerie et une volonté de convertir les paysans en salariés. Les paysans disent que l’Etat ne s’occupe pas d’eux. On parle d'ailleurs des paysans comme des « moun andeyo », «les gens en dehors ».

Comment faire reconnaître qu'Haïti est un pays d’agriculteurs et comment ancrer les politiques sur les populations rurales et le secteur informel ?  En fait, l'Etat n'a jamais misé sur eux. L'Etat a parié sur développement du tourisme, des zones franches, de grandes exploitations, pas sur une vision pour les agriculteurs haïtiens. Il n'a pas cherché les solutions aux crises par la production locale. Or l'exemple rwandais montre que cela est possible : le gouvernement rwandais a une politique qui s'appuie sur les petites structures et non sur les grandes plantations. 

Face à tout cela, on doit s’interroger sur la force du mouvement paysan.

La situation de l'agriculture en Haïti est due à plusieurs responsables : l'Etat, le changement climatique, l'influence des autres pays. Voir par exemple la concurrence qui fait que le riz de l'Artibonite est plus cher que le riz importé. Du coup, beaucoup de paysans ont laissé la terre (vente) pour acheter une moto ou se tourner vers un autre business informel, ou encore pour s'expatrier au Chili ou au Canada.

Beaucoup de paysans se retrouvent ainsi sans terre et obligés d’acheter de la terre (de même, AFLIDEPA a dû acheter de la terre pour des parcelles communautaires).

Les pistes de solution

Les agriculteurs/trices ne veulent pas rester dans l’inaction. Selon Olga Marcelin, ce sont eux qui doivent commencer et les autres vont suivre. L'essentiel est de commencer, ce que fait l'association AFLIDEPA à Limonade, à travers des jardins individuels ou communautaires, des vaches distribuées dans le système du « pase kado », des parcs de chèvres et bien d'autres initiatives. AFLIDEPA soutient aussi une association de handicapés, qui s'impliquent dans l'agriculture, au sein de leur propre association SEL (Source d'Espoir de Limonade). On souligne ce qu'a de prophétique un tel engagement avec des handicapés, habituellement soumis au plus grand mépris (on les nomme Cocobé = vagin muet). AFLIDEPA pratique aussi l'encadrement des jeunes (9 ans) dans l’agriculture.

Tout ceci repose sur une vision et des convictions fortes : « Le changement du pays est dans tes mains. Il ne va pas se faire pour toi sans toi ». Une personne handicapée est une personne comme les autres qui doit participer au changement du pays.

A Limonade, le sport est aussi considéré comme moyen de changement, en liant sport et agriculture (bien manger pour bien performer). AFLIDEPA travaille à ce niveau avec une autre association locale : Femina multisport (où l'on fait du judo, du taekwando, de la boxe etc...)

Les ressources d'AFLIDEPA viennent en premier lieu des cotisations des membres. Les partenaires viennent ensuite. La contribution des membres se fait d'abord par la cotisation, mais aussi par une participation volontaire à l’activité. La cotisation est identique pour chacune des femmes membres, mais calculée sur les moyens des plus pauvres pour ne pas les exclure ni porter atteinte à leur dignité.

La pratique AFLIDEPA est exprimée par quelques formules : IRI (Intégration Responsabilisation Implication) ; PCC (Planification Coordination Communication). 

Il s'agit d'une association de femmes, mais qui pratique une politique de la famille, en impliquant tous ses membres (père, mère, enfants). Cela est illustré par l'exemple de l'élevage. La situation existante, c'est que l'homme est propriétaire de la vache et que la femme n'a aucun droit sur celle-ci. AFLIDEPA est allée à l'encontre de cet état de fait en distribuant des vaches aux femmes. C'est une façon d'apporter un démenti au préjugé que la femme ne peut rien faire. Cela profite à toute la famille et cela « éveille » les hommes.

AFLIDEPA pense que la notion d'harmonie est importante dans la communauté et dans la famille. Dans la communauté, cela signifie aussi la collaboration avec d'autres associations. On a déjà cité SEL (handicapés), Femina Multisports, mais il y en a d'autres : Letagogo (coopérative laitière), CRAB (coordination des associations locales), Macon etc...

Des élus locaux participent aux activités et cela contribue à leur assurer une reconnaissance.

L'exemple d'AFLIDEPA amène à parler des MUSO (Mutuelles de Solidarité). Ces caisses mutuelles visent à faire face à la difficulté des paysans à trouver du crédit. On trouve beaucoup de femmes dans les comités de gestion de ces mutuelles et l'expérience montre là aussi que cela conduit à l’amélioration des relations dans les couples, et notamment une réduction des violences.

En conclusion, on essaie de voir ce qui, dans l'exemple d'AFLIDEPA, permet d'être innovant et durable :

  • disposer d’un bon comité central et d’une bonne coordination de chaque zone,
  • que chaque membre ait une responsabilité clairement définie,
  • mettre en place un bon comité de suivi pour chaque activité,
  • assurer un bon fonctionnement du système de « pase kado ».

Olga Marcelin pense que cela reste cependant insuffisant : alors qu’AFLIDEPA arrive difficilement actuellement à ce que chaque membre dispose d'une vache, l'ambition est que chaque membre dispose de 10 vaches.

Cet exemple d'initiative permet de comprendre la force de la femme en Haïti.

La réflexion sur l'ancrage local d'AFLIDEPA montre aussi l'importance de disposer d'un Plan de Développement local et d'y contribuer.

 

Résumé « Souveraineté alimentaire »

Situation actuelle et difficultés

Pistes, nouvelles stratégies

·         Haïti a été autosuffisant (jusque 1920)

·         Dans les années 90: ajustement structurel, fin des taxes d’importation, situation défavorable à l’agriculture haïtienne

·         Situation actuelle due à des décisions défavorables prises localement, mais aussi due à des décisions/ impositions de nos pays (Etats Unis, Europe,…)

·         Faciliter l’accès aux innovations

·         Faire du plaidoyer pour obtenir une politique agricole claire

·         Amener les politiques à s’impliquer dans le développement amorcé par les initiatives citoyennes

·         Intégration, responsabilisation, implication mènent à la DURABILITE des initiatives

·         Développer des modèles permettant de renforcer les petits agriculteurs face au monopole de l’agro-industrie (agro-écologie,…)

·          

·         Politiques pro agro-industrie et défavorable aux petits agriculteurs

·         Petits agriculteurs: problème d’accès à la terre et au crédit

·         Recentrer la femme dans la famille, appuyer les activités des femmes, moteur de développement

·         Prendre en compte tout le monde pour amorcer le développement (jeunes et très jeunes, handicapés,…)

·         Favoriser les mutuelles de solidarité (financière, élevage,..)

                                      

         ***                                       ***                                       ***

Rencontres institutionnelles des experts haïtiens

Dans la foulée du forum, les experts haïtiens ont eu l’occasion de rencontrer des institutions belges et européennes, sur initiative de la Coordination Europe Haïti (CoEH). (lien vers le compte rendu de ces contacts)

 

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