Visite, en Belgique, d’une délégation de responsables d’organisations de la société civile haïtienne

Du 27 au 29 juin 2016, trois responsables d’organisations de la société civile haïtienne ont effectué une visite en Belgique, à l’invitation de la Coordination Europe-Haïti (CoEH).

thumb resized DSCN2603La délégation haïtienne était composée de Jocelyn COLAS, de la Commission Episcopale Nationale Justice et Paix (CE-JILAP), Chenet JEAN-BAPTISTE, de l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA), et David TILUS, du Groupe d’Action Francophone pour l’Environnement (GAFE).

Elle a rencontré la plateforme européenne CoEH et les deux plateformes belges (Plateforme Haïti.be et Vlaams Haïti Overleg-VHO), ainsi que des membres de Broederlijk Delen ; des responsables de départements du Ministère belge des Affaires étrangères et de la Coopération ; ainsi que des membres du Parlement Européen (MPE) et des responsables géographiques de la Commission Européenne.


Rencontre avec la Plateforme Haïti.be, Vlaams Haïti Overleg (VHO)et la Coordination Europe Haïti (CoEH), tenue le 27 juillet

Les représentants des trois organisations de la société civile (OSC) ont délivré un message résolument positif, invitant de la sorte à poser un autre regard sur la situation en Haïti.

A propos du rôle de la société civile haïtienne, ils ont souligné l’amorce d’une réelle volonté de travailler ensemble, d’une mobilisation constructive et « propositive » (au-delà d’une mobilisation événementielle), visant donc à proposer des alternatives face à la crise prolongée que vit le pays ; la volonté des OSC de participer aux décisions politiques territoriales, d’agir au niveau de la dynamique de développement territorial par le soutien et le renforcement de la société civile des collectivités locales, de contribuer au plaidoyer pour une décentralisation territoriale effective du pays, d’être acteurs de la reconstruction et la réinstitutionnalisation de celui-ci à partir de la base.

Ils ont fortement insisté sur le fait qu’il est essentiel de travailler avec les « acteurs clé » qui sont les leviers d’espoir de la transformation du pays : les jeunes, les femmes et les paysans.

La parole haïtienne se libère progressivement. Les OSC interpellent les autorités publiques dans leur volonté d’être reconnues comme une réelle force pour le développement équitable du pays.

Pour ce qui concerne les associations de la coopération internationale, les représentants des OSC leur demandent de continuer à relayer leurs inquiétudes, d’appuyer leurs propres dynamiques non sur l’assistanat mais bien sur le partenariat, sur les valeurs partagées, sur la solidarité. De favoriser l’investissement productif plutôt que de soutenir des projets récurrents qui perpétuent l’assistanat, afin de favoriser l’autonomisation économique et sociale du pays (appui à l’économie sociale et solidaire, à l’innovation, aux projets « populaires », au travail des organisations haïtiennes locales…).

Sur la question des élections, ils estiment que la meilleure option serait de briser le système de financement étranger afin de promouvoir la prise en main du processus électoral par les Haïtiens eux-mêmes.
Les orateurs haïtiens signalent que l’opinion publique haïtienne est aujourd’hui plus mature. Ils attirent l’attention sur le fait que, pour la première fois au sein d’une crise conjoncturelle en Haïti, il n’y a pas eu de recours aux armes pour prendre le pouvoir.


Rencontre avec des responsables de départements du Ministère belge des Affaires étrangères et de la Coopération, tenue le 28 juillet

La délégation haïtienne a abordé l’importante question du rôle de la société civile face à la situation difficile que traverse le pays, en insistant tout particulièrement sur les enjeux de l’agriculture paysanne et du développement local en général, ainsi que sur la place prépondérante à accorder aux jeunes et aux femmes dans le développement du pays.

Les représentantes du Ministère belge des Affaires étrangères et de la Coopération (SPFAE-C) ont souligné l’attention spéciale accordée par le ministre de la coopération aux enjeux de la digitalisation comme outil de déploiement économique et social. Et la priorité accordée, dans le financement de projets de coopération, à ceux qui contribuent à renforcer l’autonomie des acteurs locaux.


Rencontre avec des membres du Parlement Européen (MPE) et des responsables géographiques de la Commission Européenne

En dépit des agendas bien chargés des MPE en raison du « BREXIT », la délégation haïtienne a eu l’opportunité de rencontrer plusieurs d’entre eux, ainsi que des responsables géographiques de la Commission UE. Certains d’entre eux avaient participé à la mission d’observation électorale de 2015 en Haïti.

La question du processus électoral de 2015 a été abordée d’emblée. La délégation haïtienne a tenté de défendre la position de la Commission Indépendante d’Evaluation et de Vérification Électorale haïtienne (CIEVE), qui a conclu que de nombreuses irrégularités importantes avaient entaché le processus électoral et, sur cette base, a recommandé l’organisation de nouvelles élections.
Leurs interlocuteurs européens ont signalé s’en tenir strictement aux conclusions du rapport de la Mission d’observation électorale de l’Union Européenne, qui a validé les élections de 2015, en soulignant que la CIEVE n’avait pas apporté de preuves suffisantes de ses allégations et que Haïti n’avait pas respecté les recommandations du rapport de l’UE. La délégation haïtienne n’a pas réussi à convaincre ses interlocuteurs européens du bien-fondé de la position de la CIEVE. Mais elle a pour le moins eu l’occasion de faire entendre son point de vue. David Tilus a ainsi souligné, de façon très appuyée, le rôle positif et constructif que jouent les organisations de la société civile haïtiennes face à la crise.

Lors d’un entretien séparé, Mme Valenciano (MPE - Chef de la mission d’observation électorale en Haïti en 2015) a signalé que l’UE ne participerait plus à une mission d’observation en Haïti mais qu’elle continuerait à suivre le processus électoral qui s’y déroule en raison de son intérêt pour le pays et son peuple.

Après la Belgique, la délégation haïtienne s’est rendue en France, où elle a rencontré différentes institutions et organisations françaises.