Agriculture

Haïti-Paysannerie : Des organisations adoptent une déclaration visant leur renforcement

P-au-P, 07 avril 2014 [AlterPresse]

A l’issue de trois journées de réunions les jeudi 3, vendredi 4 et samedi 5 avril 2014, 7 organisations paysannes ont adopté, de concert avec la plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda), une déclaration finale, découlant du cahier de revendications des organisations paysannes de la région du grand Nord, dans la circonscription de Dofouno, Petite Rivière de l’Artibonite, selon les informations obtenues par l’agence en ligne AlterPresse.

L’agriculture familiale écologique, comme « modèle pour combattre la misère, pour assurer l’identité et la souveraineté du peuple », et comme « lutte permanente du mouvement paysan conséquent » a dominé les trois journées du forum national des organisations paysannes.

L’objectif du forum a été de renforcer les liens entre les organisations paysannes pour l’obtention de mesures politiques en faveur de l’agriculture familiale paysanne, éprouvée par des cyclones, la sècheresse et des décisions gouvernementales néfastes.

La déclaration finale comporte plus d’une vingtaine d’exigences, placées dans la perspective de redresser ces torts.

Pour sauver l’agriculture paysanne et la démocratie

Dans cette déclaration finale, les organisations paysannes dénoncent des offensives des entreprises comme « Ti Malice », qui entreprennent, depuis quelques mois, une vaste campagne d’achat des produits de première nécessité, dont le riz dans l’Artibonite, en adoptant la technique déloyale du « dumping » au détriment des petites commerçantes et petits commerçants, écrasant les coopératives paysannes vieilles de plusieurs décennies.

Ces organisations soulignent, en même temps, la nécessité de mettre sur pied un plan national de souveraineté alimentaire.

Elles exigent également, aux autorités de l’État, de mettre fin au règne de l’impunité dans le pays et de juger l’ex-dictateur Jean-Claude Duvalier (22 avril 1971 - 7 février 1986) pour tous les crimes et les pillages orchestrés dans les caisses de l’État.

Les organisations paysannes réclament la libération de Jean Matilnès Lamy, qui aurait été arrêté pour son opposition au projet « Destination touristique Ile-à-Vache ».

Le départ, du pays, de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) est aussi demandé dans cette déclaration finale.

Entre optimisme et craintes

La marginalisation de la paysannerie se poursuit, surtout avec la problématique de la vente d’engrais, dont les paysans ont perdu le contrôle, au profit des spéculateurs et des grands commerçants, estime le coordonnateur de la Plateforme résistance des paysans de l’Artibonite (Prepla), Fremiot Nicolas.

Pour sa part, le directeur exécutif de la Padda, Camille Chalmers se montre optimiste, en dépit, souligne-t-il, des agressions contre les paysans pour les forcer à céder leurs fermes à de grandes transnationales.

Face à cette situation, le secteur paysan n’a que deux issues : s’organiser ou disparaître, considère le coordonnateur du Mouvement paysan de Papaye (Mpp), Chavannes Jean-Baptiste, insistant sur l’importance des alliances, avec des organisations de femmes ou paysannes.

Le forum paysan a réuni plus d’une centaine de personnes, parmi elles des délégués issus des dix départements du pays.

Il a permis d’examiner le cahier de revendications du Grand Nord (Nord-Est, Nord-Ouest, Artibonite, Nord), et abouti à la signature d’une déclaration finale.

Ce cahier de revendications a été concerté avec la participation de plus d’une centaine d’organisations en milieu rural, sous la coordination du Programme de plaidoyer pour une intégration alternative (Ppia) au sein de la Papda.

Le Mouvement de l’unité des petits paysans de Petite Rivière de l’Artibonite (Mitpa), le Mouvement paysan de Papaye (Mpp), la Fédération nationale des productrices et producteurs du riz haïtien (Fenaprih), la Plateforme résistance des paysans de l’Artibonite (Prepla), Tèt kole ti peyizan ayisyen (Tk), et l’Association nationale des professionnels haïtiens ont paraphé cette déclaration.

 

Le diagnostic du secteur agricole Haitien

Le diagnostic du secteur agricole Haitien

Bien qu’il puisse ne pas être considéré comme l’un des secteurs les plus directement touchés par le tremblement de terre du 12 janvier 2010, le secteur agricole jouera un rôle clef tant pour contribuer à assurer la sécurité alimentaire que pour permettre le redressement économique et la stabilité sociale d’Haïti. Cela implique l’urgence nécessité d’apporter au secteur agricole tout le soutien nécessaire, tant sur le court terme, au travers d’interventions d’urgence qui permettront de répondre aux besoins alimentaires immédiats, qu’à moyen et à plus long terme afin de relancer, moderniser, et redynamiser un secteur agricole essentiel à l’économie et l’équilibre social du pays. Le Gouvernement a d’ailleurs fait du secteur rural le premier pilier de la croissance et de la réduction de la pauvreté dans le pays, comme en témoignent les documents officiels, notamment le Document de stratégie nationale de croissance pour la réduction de la pauvreté (DSNCRP).

Le contexte international et régional

Haïti a signé plusieurs accords multilatéraux et des accords spécifiques à certaines filières (sur le Café et le cacao par exemple) qui peuvent avoir des retombées sur l’économie en général et sur le secteur agricole en particulier. Elle a des engagements avec des institutions comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale.

Haïti est aussi, entre autres, membre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), de la Convention de Lomé (depuis 1989) et fait partie du groupe ACP (Afrique-Caraibe-Pacifique) et a intégré, depuis 1996, la Communauté des pays de la Caraïbe (CARICOM). Le Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP) présente aujourd’hui les bases d’orientation du secteur agricole.

Il convient de retenir que la politique néolibérale a contribué au déclin de la production agricole, la chute des exportations, l’explosion des importations alimentaires, la réduction de l’appui à la production vivrière alimentaire ; à une diminution des investissements publics et de l’assistance technique, avec comme effet la baisse de la productivité, de la production nationale et des revenus agricoles.

Il est devenu plus difficile pour les agriculteurs de vivre de leur métier et de satisfaire les besoins de leurs familles.

 

MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE DES RESSOURCES NATURELLES ET DU DÉVELOPPEMENT RURAL