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25 ans après: L'Arche Haïti

C’est tellement difficile, avec nos pauvres mots, de décrire la complexité de ce que j’ai ressenti en revenant en Haïti après 25 ans d’absence ! Et en rendant visite à la Communauté de L’Arche de Carrefour dans laquelle j’ai travaillé de 1982 à 1986.

Malgré l’instabilité politique de l’époque (départ de JC. Duvalier), ces années là sont restées lumineuses dans ma mémoire ! Toutes aussi lumineuses ont été mes retrouvailles avec l’équipe de L’Arche, empreinte d’un mélange d’étonnement, de joie et d’une certaine tristesse aussi…

C’est vrai que notre mémoire nous joue parfois des tours…Rationnellement, on sait que les choses changent, que les adultes vieillissent et que les enfants grandissent, que la vie elle-même est souvent différente ! Mais malgré les durs rappels à la réalité (le tremblement de terre, la mort du père Hugo…), ma tête et mon cœur avaient du mal à imaginer ce que tout cela était devenu.

L’environnement d’abord…Lorsque je descendais de Frère où j’habitais, par Delmas ou la Panaméricaine, suivant que je me rendais à Carrefour ou à Cité Soleil (depuis, l’atelier protégé de Cité Soleil a été fermé), la circulation était fluide jusqu’à l’entrée de la ville, assez difficile lors de sa traversée et souvent très, très embouteillée sur la route de Carrefour, route à 2 voies, bordées d’arbres, d’échoppes, de petites maisons…fourmillante de vie ; on y rencontrait des enfants jouant avec toutes sortes d’objets de « récup », des joueurs de cartes, des tas de petites marchandes ; on pouvait profiter d’un arrêt forcé pour acheter un maïs boucané, des acras ou un royal…

Actuellement, ça semble être le contraire : la circulation à Pétion ville est incroyablement dense, la traversée de la ville carrément « cauchemardesque » (trafic, état des rues, délabrement des bâtiments…) au point que, même si le plan de rues n’a pas été modifié, je ne savais plus où j’étais ; mais la route de Carrefour est une route à 4 voies relativement dégagée ce jour là …plus d’arbres, ni de marchandes (ou si peu que je ne les ai pas vues !).

A Lamentin 54 (quartier où se trouve l’Arche), il y avait bien, au début de la rue, quelques maisons accolées les unes aux autres, mais, dans le bas, c’était encore un peu la campagne : des jardins, des roses trémières comme devant la belle petite maison d’Augusta(détruite lors du séisme), un petit ruisseau parfois sujet de disputes pour l’arrosage des jardins…on voyait même encore la mer !

En face de Lamentin, une petite colline où habitait la maman de Christella à qui je rendais souvent visite ; un sentier y serpentait reliant de petites cayes entourées de quelques plants de maïs ; on y rencontrait des enfants et des vieillards assis devant leur porte, mais aussi des chèvres, des poules…

Ce qui ressemblait avant à un gros village est maintenant une banlieue comme toutes les banlieues : maisons en blocs de bétons accolées et entourées de murs, peu de végétation, plus de sentiers qui serpentent ni de ruisseau…

Sauf à l’Arche : belle surprise !

Le jardin, clôturé (et non muré) accueille, sous tente et en sécurité, quelques voisins et amis sans abris depuis le séisme…ainsi que leurs poules ! Les arbres ont grandi, amenant non seulement de la verdure mais aussi une ombre bienfaisante et bienveillante.

L’école, construite au début des années 80 grâce à l’aide de Terres Nouvelles a résisté au choc ; seul le toit n’est plus le même depuis longtemps, n’ayant sans doute pas résisté aux différents cyclones, mais les anciennes tuiles, réutilisées, délimitent de jolis petits parterres. Les élèves portent toujours le même uniforme et disposent maintenant de matériel pédagogique.
L’atelier semble ne pas avoir changé ! J’y ai retrouvé des « têtes connues » : Justine, Jolibois, Bernadette…toujours occupés à éplucher les cacahuètes pour fabriquer le mamba.

Par contre, la Caye Sainte Bernadette, ainsi que la Caye Saint Joseph, située un peu plus loin (anciens lieux de vie des résidents) et la chapelle sont « debout » mais trop dangereuses que pour y rester.

Un grand bâtiment (temporaire ?) a donc été construit sur une partie du terrain du jardin de l’atelier. Agréable, bien éclairé, il y accueille les résidents : Françoise et Samuel, hauts comme 3 pommes quand je les ai quittés, sont des adultes d’une trentaine d’années…je les revois enfants, surtout Françoise, minuscule et encore « mobilisable », et maintenant avec des articulations complètement bloquées ; Moïse et Garcia (qui semble à la retraite) ; et Jean Robert, le « grand moun » aux cheveux blancs qui quitte rarement sa chambre mais qui, ce jour là, est venu m’embrasser…Esther et d’autres ont déménagé pour Chantal dans les premiers jours qui ont suivi le séisme…je me suis beaucoup occupée d’Esther et j’aurais voulu la revoir !mais je n’ai pas eu le temps de me rendre là-bas.

Le bonheur de retrouver Jacqueline, actuelle responsable de la communauté, et surtout Augusta (ancienne responsable de l’atelier) et son joli sourire qui, lui, malgré ses 80 ans, n’a pas changé ! La joie de les savoir ensemble et tous en vie ! Le plaisir d’échanger des nouvelles de nos familles et d’évoquer Bergeaud, le neveu d’Augusta grâce à qui (et aussi grâce à face book), nous avons pu reprendre contact !

Dans la cour, un bâtiment assez grand, aux jolies couleurs : c’est la salle de soins et de rééducation ; une table de massage, des coussins, des rampes et un escalier pour s’entraîner à la marche, un grand miroir, un gros ballon…

Je suis heureuse de constater le changement au niveau de la tendance au professionnalisme et de l’équipement. Au début des années 80, on n’en était qu’aux balbutiements ; c’était d’ailleurs, comme logopède (orthophoniste), l’objet d’une partie de mon travail : aider les institutrices et les assistants à se former (à l’époque, on avait d’ailleurs créé une école d’éducateurs spécialisés), à réfléchir sur la qualité de l’encadrement à apporter aux résidents, au matériel nécessaire, aux objets didactiques etc…Contente de découvrir la salle de bain avec douche et toilette aménagées pour les personnes handicapées .

Heureuse de retrouver Josette, ancienne institutrice et assistante avec laquelle je travaillais, et actuelle responsable (formée « sur le tas ») de la salle de soins, et d’apprendre qu’elle est mariée et maman…étonnée aussi ! Je me souviens des échanges (et nous n’étions pas toujours d’accord) que j’avais avec Robert Larouche concernant entre autre, le vœu de célibat, le fait de vivre comme les pauvres parmi les pauvres ! Alors, c’est fini tout ça ? Même Robert est marié ! Quelle bonne nouvelle !

Dans les années 80, je ne me souviens pas avoir rencontré de membres d’un C.A. L’Arche dépendait de la vente des produits de l’atelier, mais essentiellement du soutien venu de l’étranger ; c’est pourquoi, nous avions tenté de mettre sur pieds une association formée exclusivement de Haïtiens : Les Amis de l’Arche d’Haïti.

Apparemment, ce groupe ne fonctionne plus. Par contre, j’ai été ravie de découvrir l’existence d’un C.A. efficace et motivé et de faire la connaissance de Rhodes Garçon, présidente, de Jocelyne Mercier, responsable de projets et de la secrétaire (mea culpa, j’ai oublié son nom) dans leur joli petit bureau de Pétion ville, gage également d’une tendance au professionnalisme à échelle humaine.

J’ai eu la chance d’être accompagnée par Catherine Lemaire et Tita Bartholomé, 2 jeunes membres de Terres Nouvelles pour qui cette visite était une découverte. Nous avons donc pu échanger nos impressions ; finalement, elles se ressemblent : une très agréable surprise et une grande confiance dans l’équipe rencontrée et dans les projets de l’Arche d’Haïti !

Merci pour tout ce chemin accompli !

http://www.larchehaiti.org
Fassin S.