En date du 20 juillet 2016, à Montrouis, à l’occasion de la réalisation de l’« Université populaire pour l’année 2016 », 72 représentants de plus de 50 organisations ont protesté contre la décision du département de l’Agriculture des États-Unis d’envoyer deux chargements de pistaches en Haïti au cours du mois d’août 2016. Près de 500 tonnes métriques de pistaches sont prévues dans le cadre du premier chargement, confirme Camille Charlmers. Ces organisations n’ont pas caché leur indignation dans cette note.
 
peanutsEntre autres organisations, la Fédération nationale des producteurs d’Haïti (FENAPRIH), la « Platfòm Rezistans Peyizan Latibonit », « Kòdinasyon Rezistan Peyizan Nodès », la « Platfòm òganizasyon Peyizan Baradè/Kavayon » demandent au ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) de ne pas s’aventurer dans une telle action pour plusieurs raisons.
 
Pour ces organisations, Haïti ne doit pas être considérée comme une « poubelle » où les États-Unis larguent leur surplus agricole sans tenir compte des effets négatifs que cela peut avoir sur les petits producteurs, les petits commerçants évoluant dans cette filière et qui peinent à mener cette activité économique.
 
Les paysans producteurs de cette denrée, à travers tout le pays, s’évaluent, aujourd’hui, à 150 000, selon ces organisations elles-mêmes. Aussi, poursuivent-elles à travers cette note, plus de 10 500 travailleurs s’occupent de la fabrication de « manba », sans compter des gens qui font la commercialisation de « tablette pistache », « pistache grillée », « pistache douce », « tchanmtchanm », etc. « Cette action peut donner un coup dur à ces activités de production, de transformation et de commercialisation des pistaches locales et ainsi créer beaucoup plus de chômage, en aggravant la misère dans le pays. Importer ces pistaches, va avoir des effets négatifs sur ces petites entreprises en cassant les prix de ce produit sur le marché local », dénoncent-elles.
 
 Ces organisations remettent en question la déclaration du gouvernement américain disant que les pistaches vont être déversées en Haïti en vue de soulager la malnutrition de 140 000 enfants dans la mesure où, disent-elles, aucune étude sérieuse ne l’a encore prouvé. Elles relatent par ailleurs le cas des cochons créoles des années quatre-vingt qui avaient été massacrés dans le but de créer des débouchés pour des produits américains sur le marché local et le cas des riz importés qui envahissent le pays depuis l’année quatre-vingt-sept et ses fâcheuses conséquences sur Haïti aujourd’hui. Ces organisations qualifient cette action du gouvernement américain de « cadeau empoisonné », soulignant aussi le fait qu’ordinairement ces denrées s’écoulent en Haïti dans le but de faire une concurrence déloyale aux produits et aux producteurs locaux.
 
Ces organisations exigent de l’État qu’il se serve des produits locaux dans le cadre des cantines scolaires dans le but d’offrir un plat de qualité à ces enfants dans le respect de la culture et de la production nationale. Les frais de transport de ce premier chargement devraient être de préférence investis, selon eux, dans cette filière tant prometteuse aujourd’hui sur le marché local et dans la diaspora, en permettant aux producteurs d’avoir de bonnes conditions de travail, de lutter contre l’érosion, d’améliorer la qualité du « manba ».

 

Le National
25 juillet 2016