Après Matthew, un réaménagement du monde rural pour le relèvement d’Haïti, prône le sociologue Estève Eustache
Le journaliste Marckingtoph Casimir souligne un désastre écologique

AlterPresse

P-au-P, 14 oct. 2016 [AlterPresse] --- Le sociologue Estève Eustache appelle l’État à définir un plan de réaménagement du monde rural, sans oublier les espaces urbains, en vue du relèvement d’Haiti, suite à la dévastation des régions du Sud, de l’Ouest et du Nord-Ouest du pays par l’ouragan Matthew.
Il faut donner aux paysans de bonnes semences, des outils et de l’accompagnement technique pour la relance de la production agricole, préconise Eustache.
De Jérémie, où il travaille, il est intervenu par téléphone à l’émission TiChèzBa, en diffusion les samedi 15 et dimanche 16 octobre 2016 sur la station en ligne AlterRadio.
L’État doit réfléchir, à court ou à moyen terme, sur la manière d’augmenter les tarifs douaniers dans une perspective de valorisation de la production locale, recommande-t-il.
Il exhorte également les responsables étatiques à protéger les agriculteurs pour qu’ils soient fiers de l’être et que leur travail soit considéré, dit-il, comme un métier.
Il encourage les autorités à profiter de l’ouragan pour introduire des projets de réaménagement des bassins versants, capables de retenir les eaux de ruissellement, d’alimenter les nappes phréatiques et de protéger les villes contre des inondations.
La dégradation de l’environnement est liée à une absence de politique publique appropriée, critique-t-il. Il plaide en faveur d’une réflexion globale en vue de proposer des alternatives énergétiques et d’identifier des zones sécuritaires pour la culture.
Les autorités doivent être incorruptibles pour que les mesures prises soient efficaces. Il faut aussi une structure qui réfléchit de manière continue sur les risques et désastres, pas seulement en milieu urbain mais aussi dans les endroits éloignés des villes, préconise-t-il.
La fureur de l’ouragan
« Dans les montagnes humides, les forts vents ont occasionné beaucoup de pertes en vies humaines (en milieu rural). Des enfants sont morts parce qu’ils ont été exposés au froid pendant longtemps. Ce sont des cas qui n’ont pas été relatés », raconte-t-il.
Il y a des zones où plusieurs personnes sont enterrées dans des fosses communes, rapporte-t-il
De retour de leurs plantations, très loin de chez eux, pour récolter des haricots, des paysans ont été victimes de l’ouragan. Plusieurs d’entre eux sont blessés ou décédés, témoigne-t-il.
Il y a des informations qui ne sont pas encore disponibles parce que, confie-t-il, les interventions des organisations non gouvernementales (ONG) s’effectuent beaucoup plus au centre-ville que dans les sections communales où il y a plus de problèmes.
L’absence d’actions de déblaiement rend ces zones inaccessibles, déplore-t-il.


Participant également à l’émission TiChèzBa, le journaliste Mackingtoch Casimir, qui s’est rendu sur le terrain, souligne un désastre écologique dans plusieurs zones où les arbres ont littéralement séché, notamment dans le Sud et la Grand ‘Anse.
Il note, par exemple, que des cadavres d’animaux ont été jetés dans la mer, alors que d’autres ont été portés disparus.
Il témoigne des dégâts provoqués par l’ouragan dans les villes et les sections communales des départements du Sud et de la Grand ’Anse.
« Il y a des endroits où beaucoup de gens sont morts parce qu’ils ont eu la tête coupée par des tôles emportées par des vents violents. (…) Les dégâts sont visibles », exprime-t-il.
Il y a aussi des sections communales où toutes les maisons ont été détruites durant l’ouragan, rapporte Casimir citant les autorités locales.
Le journaliste souligne un désastre écologique dans plusieurs zones où les arbres sont devenus sèches notamment dans le Sud et la Grand ‘Anse
Tout en affirmant relever une attitude solidaire entre les victimes et une certaine débrouillardise des sinistrés, Casimir encourage une prise en charge psychologique pour les personnes affectées par l’ouragan, notamment les enfants.
L’encadrement et l’aide tardent à venir dans les régions dévastées, notamment à Dame Marie, privée d’accès à l’eau potable, déplore-t-il.
50 à 60 cas de choléra ont été enregistrés à Anse d’Hainault, indique-t-il.
Dans quelle mesure l’État tirera-t-il leçon de ce qui s’est produit lors du terrible séisme du 12 janvier 2010 ?
Par ailleurs, le sociologue Estève Eustache dit constater dans certaines régions de la Grand ‘Anse le débarquement d’Organisations non gouvernementales (ONG) dont certaines cherchent comment faire pour s’enrichir et d’autres qui distribuent de l’aide.
« Le pouvoir central n’est pas au courant de la façon dont l’aide s’organise sur le terrain. Je ne pense pas que la mairie soit informée de la distribution de la plupart de l’aide dans certaines régions », déplore-t-il.
« Rien n’indique que ce sont les personnes les plus vulnérables qui en bénéficient. Des gens s’organisent dans certaines zones pour piller les camions ».
Il relève un problème d’organisation et de planification qui fait que les distributions de l’aide ne respectent pas la dignité des victimes.
Dans quelle mesure l’État tirera-t-il leçon de ce qui s’est produit lors du terrible séisme du 12 janvier 2010 (lorsque l’aide était administrée directement par des étrangers) ? s’interroge Eustache, très inquiet face à l’absence de réflexion sur les causes ayant conduit à la réalité actuelle.