Publié le 2018-04-11 | Le Nouvelliste

Le National

Sans langue de bois, l’ambassadeur de Suisse dont la mission arrive à terme en Haïti a reconnu que la coopération internationale en Haïti est « inefficace ». Pendant ces trente dernières années, les coopérants ont supporté plusieurs initiatives mais leurs « manières de faire n’ont pas forcément aidé Haïti dans l'établissement d'une politique de développement », a avoué le diplomate qui participait mercredi à l’émission Panel Majik sur Magik9. Le diplomate accuse la coopération internationale dans l’affaiblissement des institutions haïtiennes, qui les rend inéligibles aux fonds de l’aide. « Le résultat, c’est qu’on a passé trente ans à déconstruire la capacité haïtienne à faire », a-t-il indiqué.

« Nous devons travailler de telle manière que ces ONG puissent travailler en accompagnement et non en substitution de l’acteur haïtien », exige Jean-Luc Virchaux, constatant qu’aucune structure haïtienne n’est aujourd’hui armée pour répondre aux appels d’offres lancés dans le cadre des projets financés par les coopérants ; ce qui fait aussi que ce sont généralement les ONG internationales qui gagnent ces appels d’offres sur les acteurs haïtiens. « Il faut que l’acteur haïtien, qu'il s'agisse de l’acteur politique ou de l’acteur social, soit au centre ; l’organisation paysanne doit être au centre du programme de développement et non l’ONG », plaide Jean-Luc Virchaux.

 

Le diplomate suisse ne dédouane pas cependant les autorités haïtiennes. « Ce serait trop facile d'imputer la faute uniquement à la communauté internationale. Il y a aussi une responsabilité haïtienne », constate-t-il. Jean Luc Virchaux met en cause l’absence de « continuité » au niveau de l’État. Il déplore que jusqu'à présent l’État n’ait toujours pas pris le relais du projet de reboisement à Forêt-des-Pins, treize ans après, surtout en ce qui a trait au payroll des agents de la brigade de surveillance. « Il n’y a pas eu d’effets institutionnels. L’État n’a pas pris ses responsabilités vis-à-vis de ce programme », affirme le diplomate suisse, qui a dû réintroduire ce dossier à chaque fois qu’un nouveau ministre est arrivé à la tête du ministère de l’Environnement. En quatre ans de mission en Haïti, il a vu défiler cinq ministres de l’Environnement. « C’est tout le drame de la continuité », indique-t-il. « Nous les ambassadeurs, nous sommes des passants pressés, le problème c’est qu’au niveau des ministères aussi il y a des passants pressés », regrette Jean-Luc Virchaux, qui croit qu’il faut travailler dans la durée.

Jean-Luc Virchaux ne se voile pas néanmoins la face pour ce qui est de défendre son pays. « La Suisse n’a pas de leçons à donner. On n’a pas plus de résultats que les autres. On essaie, précise-t-il, de faire autrement ». Puisque toutes ces années ont été inefficaces, essayons de faire autrement, martèle le diplomate, qui a coordonné pendant seize mois la Concertation technique des bailleurs de fonds. En 2015, la coopération suisse avait fait un bilan de treize secteurs en vue d’identifier les enjeux. « Si on n’évalue pas les enjeux on va s'en tenir aux solutions toutes faites », prévient-il, soulignant que c'est malheureusement ainsi que les coopérants se présentent. « Il faut récuser cette option, les solutions doivent être travaillées avec les gens au niveau local », dit-il.

Danio Darius
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