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LE SOIR, 14/05/2021

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Dans une carte blanche, des universitaires appellent à une résolution en lien avec la situation catastrophique en Haïti

Par Un collectif de signataires*

 Nous sommes professeurs, chercheurs et agents administratifs des universités francophones de Belgique. Nos institutions sont impliquées depuis plus de vingt ans dans la coopération avec nos collègues haïtiens. De la médecine à l’agriculture en passant par les sciences sociales, l’aménagement du territoire, l’accès à l’eau, la gestion environnementale, les risques sismiques, etc., beaucoup d’entre nous ont développé des projets de recherche et d’enseignement dont les résultats parviennent à aider ce pays aux prises avec de multiples problèmes structurels. Bien sûr, tout n’a pas toujours fonctionné, mais chaque projet a produit sa part de résultats concrets suscitant, au minimum, l’espoir d’un progrès vers un pays moins fragile, moins pauvre, moins dangereux.

Ces efforts conjoints, de longue haleine, sont aujourd’hui mis à mal par la situation politique et sociale catastrophique que vit le pays, dans le silence général de la communauté internationale. C’est en prenant des risques quotidiens que nos collègues parviennent à donner leurs cours et faire leurs recherches. Les stratégies pour éviter les barrages armés inopinés ou les enlèvements consistent à ne jamais partir à la même heure, à ne jamais prendre le même chemin vers l’université, à rester sans cesse sur ses gardes, en ligne sur des réseaux sociaux collaboratifs qui signalent les tirs ou guet-apens. Plusieurs collègues de l’Université d’Etat d’Haïti ont déjà fait l’objet d’enlèvement contre rançon, sans réaction du pouvoir politique en place. La situation n’a certes jamais été facile en Haïti, mais aujourd’hui, nos collègues nous découragent de venir en mission pour suivre les projets en cours : « Ne venez pas, c’est trop dangereux ».

Un pays est en train d’étouffer sous la violence et il nous semble important que les instances de nos pays réagissent.

C’est pourquoi, nous, personnels des universités francophones de Belgique, vous sollicitons afin qu’une résolution d’urgence soit émise par le Parlement européen.

Les éléments factuels ci-dessous permettent d’avoir un aperçu documenté de la situation.

L’enlèvement, le 11 avril dernier, d ’un groupe de 10 religieux dont deux français en Haïti, a rendu visible à l’international la réalité que vit, au quotidien, l’ensemble de la population haïtienne. Même si cette fois-ci ce groupe a été récemment relâché, les kidnappings ont doublé en l’espace d’un an, selon l’ONU, et l’insécurité s’est généralisée. Au cours des trois premiers mois de cette année, 117 personnes ont été assassinées, et 142 enlevées.

Depuis 2018, les organisations des droits humains ont comptabilisé douze massacres armés, dont le plus meurtrier, celui du quartier populaire de La Saline, en novembre 2018, a fait 71 morts. Aucune action en justice n’a été entreprise et l’impunité règne, nourrissant un cycle de violences. La corruption et la complicité d’agents de l’État sont en cause, au point que se dessine une gangstérisation du pouvoir.

Il en résulte une violation générale et systématique des droits humains, qui frappe un pays déjà appauvri (plus de 59 % des Haïtiens et Haïtiennes vivent sous le seuil de pauvreté). L’insécurité des biens et de la vie se double, en outre, d’une insécurité alimentaire, qui affecte 4,5 millions de personnes dans le pays.

Depuis janvier 2020, les mandats de tous les parlementaires (à l’exception de 10 sénateurs)étant arrivés à échéance, le gouvernement gouverne par décrets. Le 7 février 2021, le président Jovenel Moïse a refusé de reconnaître la fin de son mandat. Il entend rester au pouvoir un an de plus, le temps d’organiser un référendum constitutionnel - pourtant interdit par la Constitution –, fin juin, et des élections en novembre. La crise politique qui en résulte catalyse la crise économique, sociale et alimentaire.

Le 26 avril dernier, par une lettre publique, 68 députés démocrates nord-américains, évoquant la situation alarmante, ont demandé au gouvernement états-unien d’écouter les voix des organisations de la société civile haïtienne, de reconnaître que, sous l’administration actuelle de Jovenel Moïse, les élections ne seront ni libres ni crédibles, et d’appuyer un processus de changement dirigé par les acteurs haïtiens ;

La dernière résolution d’urgence du parlement européen à propos d’Haïti date du 28 novembre 2019.

Entre-temps, la situation s’est gravement détériorée. Aujourd’hui, le pays est au bord de l’implosion, c’est pourquoi nous vous sollicitons afin d’émettre une nouvelle résolution d’urgence sur Haïti qui réponde à la crise dramatique que traverse le pays*.

Nous espérons que le parlement européen pourra adopter une résolution rapidement et que les interventions internationales soient organisées en faveur du peuple.

*Signataires : Lina Alvarez (UCLouvain), Alexandre Amorison (UMONS), Yves Beckers (ULiège), Géraldine Berger (UMONS), Thomas Brihaye (UMONS), Frédéric Brodkom (UCLouvain), Marielle Bruyninckx (UMONS), Jean-Marie Cheffert (UNamur), Pierre Cornut (UMONS), Jean-Paul Coutelier (FNRS et UCLouvain), Michel Damar (UNamur), Anne-Sophie Daout (ULB), Pierre Dauby (ULiège), Pierre Dehombreux (UMONS), Marie-Luce Delfosse (UNamur), Jean-François Deliège (ULiège), Christophe Deprez (ULiège), Philippe Dubois (UMONS), Pierre Duez (UMONS), Igor Eeckhaut (UMONS), Elena Fascilla (UMONS), Veronica Fragomeli (UMONS & UPHF), Jean-Louis Genard (ULB), Paul Géradin (ICHEC), Marie Gevers (UNamur), Anne Girin (ULiège), Philippe Givron (UNamur), Etienne Godimus (UMONS), Catherine Gravet (UMONS), Viviane Grisez (UMONS), Guénaël Devillet (ULiège), Jean-François Guillaume (ULiège), Hans-Balder Havenith (ULiège), Sabine Henry (UNamur), Bertrand Hespel (UNamur), Aline Jassogne (UMONS), Serge Jaumain (ULB), Michel Kinnaert (ULB), Marc Labie (UMONS), Philippe Lecocq (ULB), Alain Lévèque (ULB), Rotchild Louis (UCLouvain), Marc Maesschalck (UCLouvain), Didier Marlier (ULiège), Jacques Navez (ULiège), Libérat Ntibashirakandi (ULB), Cécile Nuyt (Géomoun), Pierre Ozer (ULiège), Oscar Palacios Bustamante (UCLouvain), David Paternotte (ULB), Jean-Alexandre Pouleur (UMONS), Yves Poullet (UNamur), Sylvain Quoilin (ULiège), Lisa Randour (UMONS), Marcel Remon (UNamur), Laurence Ris (UMONS), Cédric Rivière (UMONS), Claire Rommelaere (UNamur), Mandy Rossignol (UMONS), Laurence Roudart (ULB), Muriel Sacco (ULB), Jean-Philippe Schreiber (ULB), Claude Semay (UMONS), Pascal Simoens (UMONS), Sandra Soares-Frazao (UCLouvain), Fabrice Sobczak (UMONS), Philippe Spindel (UMONS et ULB), Jean-François Thimus (UCLouvain), Marc Tilmans (UNamur), Joëlle Tilmant (UMONS), Colin Van Dyck (UMONS), Michel Verbanck (ULB), Maëlle Vercauteren (ULB), Pierre Verjans (ULiège), Véronique Vitry (UMONS), Charlotte Vyt (UNamur), Ruddy Wattiez (UMONS), Eléonore Wolff (ULB), Edwin Zaccai (ULB), Yves Zech (UCLouvain).